La Schifffahrtsgesellschaft des Vierwaldstättersees a été fondée en 1870, mais la vapeur parcourait déjà ces eaux en 1837, trois ans avant que le premier train suisse ne transporte un voyageur payant. Une croisière sur le lac des Quatre-Cantons suit donc un service plus ancien que le réseau ferroviaire national qu'il alimente aujourd'hui.
Le lac doit son nom allemand aux quatre cantons forestiers — Uri, Schwytz, Unterwald et Lucerne — qui bordent ses rivages. Ses bras forment des angles droits autour de la crête du Bürgenstock, donnant à l'eau une forme cruciforme sur environ 114 kilomètres carrés. Les profondeurs atteignent 214 mètres. Les horaires de la croisière sur le lac des Quatre-Cantons mentionnent encore des embarcadères qui servaient au trafic des mules et aux bateaux de marché bien avant que l'Axenstrasse ne soit taillée dans la falaise en 1865 : Weggis, Vitznau, Beckenried, Brunnen, Flüelen.
Trois de ces rivages revêtent une importance nationale. La prairie du Grütli, accessible uniquement à pied ou par l'eau, est l'endroit où les cantons forestiers auraient prêté serment en 1291. En face se dresse la Schillerstein, un obélisque naturel dédié en 1859 au dramaturge qui a écrit Guillaume Tell sans jamais avoir vu la Suisse. Plus loin dans l'Urnersee, la chapelle de Tell marque le rocher où Tell aurait sauté à terre. Les passagers munis de billets pour la croisière sur le lac des Quatre-Cantons passent devant les trois en un après-midi, au tarif publié de 53 CHF pour un billet journalier de deuxième classe, qui varie selon l'itinéraire et la saison.
Les navires sont la collection. L'Uri est entré en service en 1901, l'Unterwalden en 1902, le Schiller en 1906, le Gallia en 1913 — longtemps la coque la plus rapide sur le lac — et le Stadt Luzern en 1928, qui a transporté la reine Élisabeth II en 1980 et arbore toujours des boiseries Belle Époque dans son salon de première classe. Leurs salles des machines restent visibles, les crosse de piston fonctionnant derrière des vitres. À leurs côtés naviguent des bateaux à moteur à toit vitré, avec les chemins de fer de montagne du Rigi et du Pilate attendant à Vitznau et Alpnachstad, faisant des croisières sur le lac des Quatre-Cantons un musée vivant des transports de Suisse centrale, toujours en usage commercial quotidien.